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21 Mars 2007
En effet, dans les moments qui ont suivi l'échec des négociations, l'inquiétude qui se lisait sur tous les visages demeurait : << l'usine va-t-elle s'arrêter ? >> Car la ville de Fria ainsi que ses habitants n'étaient pas préparés à ce départ précipité. Manifestement, le partenaire Péchiney a voulu réitérer le même comportement que sa mère-patrie c'est-à-dire la France qui, à l'époque où la Guinée proclama son indépendance, n'a pas hésité à tout brouiller allant même jusqu'à emporter avec elle, les différents plans souterrains des installations électriques et de télécommunication du pays. En agissant ainsi, après avoir généré des profits énormes et appauvri nos gisements pendant 4 décennies, le Groupe Péchiney a délibérément voulu ignorer le désastre qu'il laissa derrière lui.
Mais c'était sans compter sur la volonté débordante des nombreux ouvriers et citoyens de Fria qui travaillèrent d'arrache-pied, jour et nuit, afin que le bruit des locomotives à la sortie du silo ne s'estompe de sitôt. A la place des 360.000 tonnes par an de substances consommables acheminées dépuis le port de Conakry, d'autres matières premières furent utilisées, notamment le son. Grâce donc à tous ces braves dont beaucoup sont aujourd'hui décédés, les fumées continuent toujours de pointer à l'horizon au dessus de la cité de l'alumine. Néanmoins, nous ne pouvons oublier ces moments d'incompréhension où tous les expatriés français par contre, étaient sommés par Péchiney de boucler leurs valises et remplir les malles. Et oui, voilà résumée le scénario de fin d'épisode entre Fria et Péchiney.
Quant à nous, fils de cette terre minière, nous ne pouvons restés indifférents face à cette situation. Si hier, nous ne pouvions aller à l'encontre du désir de satisfaction effrénée de l'actionnariat Péchiney qui, en partie, a conduit à cette situation de crise permanente, nous nous permettons aujourd'hui de dénoncer cette escapade qui fut légitimée malheureusement d'ailleurs, par l'irresponsabilité de l'Etat guinéen. Ce zèle dans le chef de ce grand groupe témoigne une fois de plus de la nature moqueuse des relations Nord-Sud. Des partenariats éhontés, généralement à sens unique dont la seule dimension demeure "l'intérêt" au profit de l'impérialisme à visage caché. Encore, faut-il rappeler le cas frappant de SOGETRAG (Société Générale des Tansports de Guinée) où les nombreux travailleurs furent abandonnés sur les carreaux dans les années 90 par le partenaire français après avoir rapatrié des profits énormes.
L'économie de notre pays tient essentiellement grâce à l'apport du secteur minier. Mais, une partie de l'actionnariat de C.B.G., la plus grande unité industrielle du pays se trouverait détenue par Péchiney. Ce qui doit nous interpeller pour éviter que la ville de Kamsar à son tour ne s'aligne sur le sort que connaît présentement Fria.
Alors, soyons responsables, pesons les actes posés et prenons en main notre avenir. Définissons nos rapports de partenariat de façon solide, franche et surtout n'attendons pas dorénavant que les valises soient déjà bouclées pour chercher à mieux comprendre. Car ce geste ne tolère jamais...
Camara Abdoulaye Ciré, Vice-Président et Administrateur-délégué ARSYF/Belgique