Par:
Mory Diakité
Nous sommes en 2007 et les responsables guinéens de la toute puissante intersyndicale (USTG-CNTG) ont appelé le pays à la grève la plus importante surement de son histoire et sont en pleine revendication.
Ils exigent l'amélioration de vie des guinéens, et le rétablissement de l'ordre républicain. On leur signifie alors plus ou moins clairement que les droits de l'Homme ne sont pas les droits de l'Homme dans ce pays. Ils se cabrent et insistent et depuis ce matin du mercredi 10 janvier : c'est la grève. Cela rappelle une autre grève, il ya de cela 60 ans. Même si elle intervient à un moment où la plupart des travailleurs ont reçu leurs salaire de misère; il ne faut pas oublier que si elle persiste et dure; le sacrifice du soi est déterminant pour mener à bout une revendication. Le patronnat, de connivence avec l'administration, est déterminée à briser cette grève, les premiers par nécessité économique, et les seconds par principe. Ils utiliseront peut être d'abord la force comme pendant les précédentes, puis changeront de stratégie et optera pour des moyens plus retors: suspension des salaires; avec les leaders syndicalistes, ils alterneront la carotte (billets de banque) et le bâton (menaces et intimidations). Mais ceux qui s'appellent eux-mêmes des ‘’cabris mort’’ plieront sans rompre, à Conakry, à Kankan, et à Fria. On se proposera un jour de conter cette résistance qui deviendra épique, tragique. Pendant cette période si difficile les forces qui l'alimenteront s'épuiseront certes, le moral qui hausse et qui baisse, le bloc qui menacera de s'effriter devant l'épreuve, c’est aussi cela la transcendance physique et humaine; mais aussi les mille petits drames occultés par l'évenement, il y'aura le courage des uns et la lâcheté des autres, l'égoïsme et la générosité de certains, l'amour qui sans écho se transformera en haine. L’homme guinéen qui douloureusement affamé devient animal; je pense aux femmes qui ne doivent pas piétiner leur vertu pour nourrir leurs enfants; les valeurs cardinales de la société ne doivent pas êtres impuissantes, inopérantes, et caduques lorsque le quotidien deviendra inhumainement difficile, et comment ces mêmes valeurs, paradoxalement, peuvent rester le refuge et le bouclier de cette même société devant l'adversité? L’intérêt de cette grève résidera aussi dans sa description quotidienne et ses effets induits. Il y’aura de l’arrogance, la cuistrerie des dignitaires religieux, l’attendrissante maladresse de la jeunesse qui cherche la réponse à ses problèmes dans un contexte particulièrement difficile, le quotidien d’une population dont le pouls bat à la fréquence des va-et-vient des négociants. Le tour de force que réussit les grévistes, est l’un des plus difficile dans ce pays: créer une atmosphère de désobéissance civile, c’est aller au delà de la chronique. Il est impossible de ne pas s’incliner devant la portée symbolique de ce mouvement. Difficile, très difficile, de ne pas être ébloui par la puissance des acteurs et du peuple de guinée, qui ont compris qu’il faut toujours se battre pour ses droits, quel qu’en soit le sacrifice. Non pas se battre contre l’autre, mais se battre pour soi.