1er site d'information guinéen basé essentiellement sur l'actualité d'une ville : Fria en Guinée depuis 2006
23 Décembre 2006
Dans cette ville où les infrastructures hydroélectriques n’avaient rien à envier à certaines villes des pays développés, coupures électriques et pénuries d’eau sont devenus la règle et témoignent de la dégradation de la qualité de vie. Du délestage par endroit au début de la crise au délestage général, les habitants de ma ville natale ont appris à s’éclairer à la bougie et à la lampe tempête. Cette triste réalité est la conséquence de la faiblesse de la productivité énergétique pour une ville de plus en plus grande, l’incapacité de la compagnie RUSALa renouveler les chaudières du groupe énergétique de l’usine et surtout «l’incompétence des cadres expatriés qui ne comprendraient rien au fonctionnement de cet organe vital ».
Le 24 juin dernier, RUSAL a inauguré en fanfare une chaudière d’une capacité de 160 tonnes de vapeurs/jour. Cet investissement, qui aurait coûté environ $US20 million, avait un double objectif : augmenter la productivité énergétique pour doubler la production annuelle de la raffinerie et répondre aux besoins hydroélectriques des " friakas". Malheureusement, la très grande médiatisation de cette cérémonie inaugurale n’a rien donné et Fria croule toujours dans l’obscurité. En cause: l’incapacité de la chaudière a fonctionner a son plein régime et les difficultés qu’éprouvent les nouveaux maîtres des lieux à faire le couplage entre leur chaudière et les installations déjà en place.
L’eau courante est devenue une denrée rare à Fria. Le soir, à la première goûte d’eau du robinet, avant tout autre usage, les familles se pressent d’abord de constituer de bonnes réserves dans de grands bidons bleus installées dans les cuisines. Quand vient le temps de prendre une douche, il n’est pas rare de se contenter d’un sceau d’eau durement gagné. La pénurie d’eau a également relégué au second plan l’entretien de l’aménagement paysager (fleurs, gazon ; parc..) –qui fut naguère une autre fierté de la ville.A l’instar des autres préfectures, le téléphone fonctionne très mal. La mauvaise qualité du réseau fait qu’il est difficile même pour des correspondants se trouvant localement de se joindre. La seule consolation dans le secteur vient de l’arrivée et l’installation progressive de la compagnie Areeba qui offre une connexion plus fiable et une gamme de service plus variée. Consolation et frustration pour tous patriote guinéen bien sur. Car décidément, la Guinée ne peut toujours rien faire de sérieux par elle-même. La Sotelgui pourra-elle se faire au jeu de la concurrence ? Attendons de voir.
Un autre enfer des habitants de la ville de Fria est l’état catastrophique dans lequel se trouve le réseau routier. Il est inimaginable de concéder que les autorités soient incapables d’entretenir les routes de la ville qui abrite la première usine d’alumine en terre africaine
En saison sèche, Fria ressemble à une bourgade rouge abandonnée depuis des lustres. La poussière, soulevée par les automobiles, envahi directement les maisons. Les problèmes environnementaux et sanitaires ne sont nullement la préoccupation des autorités. Et le comble est que même les hôpitaux ne sont plus épargnés. La saison pluvieuse non plus n’est pas clémente, bien au contraire. A cause du mauvais état des routes, boue et nids de poule sont le lot quotidien des piétons et automobilistes. Ces derniers étant souvent la cible de piétons mécontents d’avoir pris une flaque de boue.
Pourtant, en avril dernier, le représentant de Rusal en Guinée, Anatholy Pantchenko avait annoncé le démarrage des travaux de reconstruction des routes. Malheureusement, a cette date de 22 décembre 2006, les habitants de Fria attendent toujours. Entre fausse promesse de bonnes routes et désillusions d’une cérémonie inaugurale bidon, les habitants de Fria ne savent plus à quel sein se vouer. Si l’on ajoute a cela la dégradation progressive des cités qui ne bénéficient plus d’aucun service d’entretien depuis le départ des français, l’on est bien emmené a se poser la question sur la raison d’être de l’usine de Fria.
Voila la triste réalité offerte par 22 ans de règne militaire à ce que fut la belle ville verdoyante de Fria.