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1 Octobre 2009
Quelques jours après les massacres contre les populations innocentes au stade du 28 septembre, l’heure est toujours au décompte macabre des victimes et aux soins des nombreux blessés.
Mais après ces évènements qui ont mis en émoi le monde entier, on est en droit de se poser un certain nombre de questions même si l’essentiel des réponses se trouvent entre les mains du chef de la jungle . . . pardon de la junte au pouvoir en Guinée.
Déjà, nous avions à plusieurs reprises dénoncé les dérives autoritaristes des maîtres de la Guinée. (Voir : article 1, article 2, article 3, article 4, article 5, article Infoguinée 1, article Infoguinée 2). Depuis environ six mois aujourd’hui, probablement sous la pression d’une partie de son entourage et de l’armée qu’il avoue lui-même ne pas contrôler, Moussa Dadis CAMARA, reniant sa promesse de conduire la Guinée vers une transition apaisée et de ne pas se présenter aux présidentielles de 2010, s’est mis en tête de troquer le treillis pour le costume civil. Cette envie, devenue obsessionnelle, focalise depuis toutes les attentions et les débats politiques en Guinée pendant que les vrais problèmes sont laissés de côté et que le pays continue de sombrer dans la pauvreté, l’obscurité, le manque d’eau potable, l’insécurité, etc . . .
Rappelez-vous, il y a dix ans en Côte-d’Ivoire voisine, le Général Robert GUEI putschiste le 24 décembre 1999 promettait de balayer devant la maison Côte-d’Ivoire et de rendre le pouvoir aux civils. L’élection présidentielle à laquelle il prit part en octobre 2000, n’avait tourné qu’autour de l’ivoirité et de la non-candidature d’Alhassane OUATTARA sans se pencher sur les vrais problèmes que connaissait le pays. On connait la suite.
Dadis CAMARA qui a fait une entrée toute aussi fracassante sur la scène politique guinéenne à la faveur d’un coup d’état (tiens, l’histoire se répète car c’était aussi un 23 décembre 2008) faisait les mêmes promesses et prenait le président malien ATT comme modèle. On rêvait alors de démocratie. Le jeune capitaine et le CNDD jouissaient d’une popularité immense.
Mais passée l’euphorie des 100 jours, on a commencé à se poser des questions d’abord sur sa capacité réelle à diriger le pays. Surtout quand il a commencé à prendre le Général Abdel Aziz de Mauritanie comme nouveau modèle. Ce général putschiste avait troqué ses habits de militaire pour se faire élire confortablement et effectuer son retour en grâce dans le club des présidents dits démocratiquement élus.
Les gigantesques mamayas, où il abreuvait les guinéens de discours tous aussi longs que décousus, prouvaient déjà à suffisance la nécessité d’aller rapidement vers de vrais élections civiles, libres et démocratiques.
Les promesses de vie meilleure tardaient tandis que les militaires prenaient goût à la belle vie quand ils n’allaient pas braquer ou extorquer de l’argent aux pauvres citoyens. On leur impute la majorité des braquages opérés à Conakry et tout cela sans qu’aucune mesure ne les empêche de récidiver.
Autre remarque importante : en tant que guinéen, je n’ai jamais vu les guinéens aussi divisés que sur le cas de Dadis. Ce pays qui n’a jamais connu de guerre civile ni de pogroms (touchons du bois), est à un doigt de basculer. Pourtant, la non-candidature de Dadis ne ferait que ramener le calme et un semblant d’unité alors que sa candidature ne fait qu’agrandir le fossé entre les pros et anti Dadis. Aux premières heures du CNDD, que n’a-t-on pas entendu de la bouche du bouillant capitaine : ‘‘Je ne suis pas un assoiffé de pouvoir . . . nous allons organiser des élections et rendre le pouvoir à un régime civil . . . nous sommes des patriotes et allons protéger le peuple . . . Si je trahis le peuple, que DIEU me fasse honnir, je le jure sur la tête de mes enfants . . . etc’’.
Un farouche partisan aujourd’hui amer nous confie : ‘‘Pourquoi ne respecte-t-il pas sa promesse s’il est patriote comme il le dit ? Nous avions cru en lui surtout quand nous avons su qu’il était forestier et chrétien de surcroit. Ce sont des gens qui respectent toujours leur parole.
Dadis qui aura bien du mal à se débarrasser de la pression exercée par l’armée, se voit pris entre deux feux : celui de ses frères d’armes et celui de la justice et du droit international. A l’écouter sur les ondes de RFI et au vu des concessions qu’il accorde, on sent qu’il a la peur au ventre. Mais comme il aime le marteler : ‘‘un militaire n’a pas peur surtout quand il doit défendre l’honneur et l’intégrité de sa patrie’’. Alors, mon Capitaine, l’irréparable a été commis mais il est encore temps de sauver ce pays. La transition exige que vous discipliniez l’armée et respectiez la volonté du peuple sans oublier votre promesse.
Trois jours après les tragiques évènements, seuls les pays occidentaux et les institutions africaines et internationales ont fermement condamné les massacres. Seul Abdoulaye WADE, sévèrement critiqué pour son soutien à son ‘‘fils’’, a osé condamner tandis les autres chefs d’état africains brillent par leur silence. Ils ont préféré le soin à l’Union Africaine et la CEDEAO de le faire à leur place. Ce n’est hélas pas une habitude : juin 2006, janvier et février 2007. Aucun de ces massacres, dont on attend toujours que toute la lumière soit faite, n’a suscité une quelconque condamnation de leur part. Ce linge est si sale qu’on ne pourra pas le laver dans la famille Guinée tant qu’on restera divisés.
A moins qu’un régime civil véritablement démocratique ne voit le jour le 31 janvier 2010 et remette le pays sur les rails. Tous les contentieux en berne pourront être soldés et on pourra enfin se dire qu’on est enfin un pays comme les autres.
C’est en tout cas le vœu que nous formulons de tout notre cœur et notre amour pour cette Guinée brisée, martyrisée et outragée. Mais peut-être demain Guinée libérée, démocratisée et développée.