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14 Mai 2009
Un manque de professionnalisme et de la précipitation à reprendre dans leurs colonnes les rumeurs souvent infondées qui se répandent dans Conakry. Ou tout simplement un manque notoire d’indépendance de la part d’un journal qui s’intitule pourtant « L’INDEPENDANT ».
Voilà comment on pourrait résumer le parti pris dont une partie de la très respectable presse guinéenne se fait l’écho depuis un certain temps. On assiste à une campagne de désinformation sur désinformation orchestrée on ne sait par qui : on apprenait d’abord mardi sur le site de guineemining.info des nouvelles totalement infondées auxquelles nous avons un démenti vigoureux (voir l’article). Aujourd’hui c’est au tour du journal l’INDEPENDANT de faire preuve d’une certaine dépendance dans le traitement de l’information. Sans avoir vraiment appris les de ce noble métier, faut-il leur rappeler que le journaliste ne doit pas manger dans la main de ceux pour lesquels ils écrivent ? Lorsqu’on n’a pas les moyens de vivre de sa plume et que l’on doit monnayer ce que l’on écrit, il vaut mieux alors faire de la communication ou encore de la propagande pour parvenir à joindre les deux bouts.
On a pu lire dans l’article de l’INDEPENDANT que Fria est situé à 300 Km de Conakry, que les salaires minimum se situaient autour de 1 340 000 Fg, que les travailleurs exigeaient de toucher 1 800 000 Fg minimum et que plus grave, la grève serait le fait de travailleurs incontrôlés qui auraient érigé des barricades. Quelle insanité ! Surtout quand ils insistent que la grève aurait été contrôlée par les sous-traitants mécontents du sort qui leur a été réservé par RUSAL.
Primo, pour leur répondre, resituons d’abord géographiquement Fria qui ne se trouve qu’à 160 km de la capitale et non 300. On peut comprendre qu’un tel déboussolage ait pu leur faire perdre le Nord et leur faire dire n’importe quoi.
Deuxio : le salaire minimum au sein de Rusal se situe actuellement autour de 480 000 Fg soit moins de 90 dollars US. La seule revendication des travailleurs qui effectuent quotidiennement de durs labeurs tourne autour de l’application du SMIC dans le secteur minier. Un forum tenu il y a plus de deux ans le situe à 300 dollars US minimum soit près de 1 500 000 Fg. Faut-il leur rappeler que l’ensemble appliquent ce SMIC depuis fin 2008 et que seul RUSAL rechigne à le faire ?
Tertio : la grève a été déclenchée par le Collège Syndical de l’usine et non par les travailleurs. Un premier préavis de grève avait été déposé en début février après l’échec des négociations qui avaient commencé en décembre. Une délégation ministérielle et du CNDD avaient demandé aux travailleurs de surseoir à cette grève jusqu’en fin mars pour permettre de continuer les négociations.
Constatant l’échec des négociations, ces mêmes autorités sont venues rendre compte aux travailleurs de l’échec des négociations en fin Mars. Ce qui a conduit le Syndicat à déposer un avis de grève qui a commencé le 1er Avril. Ce jour, les travailleurs sont arrivés normalement au boulot avant que la sirène ne retentisse les invitant à rentrer à la maison. Seul le personnel indispensable a continué le travail pour assurer le service minimum. Et cela a été merveilleusement bien organisé dans la discipline la plus totale. Le CNDD, visiblement mal informé, avait dépêché une délégation sur Fria car on leur avait dit que des troubles avaient éclaté à cause de la grève. Je vais vous raconter une anecdote à ce sujet : au 3ème jour de la grève, un habitant s’est étonné d’entendre qu’il y avait grève car tout était absolument calme et à l’usine et en ville.
Les syndicalistes eux-mêmes ont assuré une permanence à la rentrée de l’usine pour filtrer les entrées et sécuriser les installations.
Quarto : aucune entreprise de sous-traitance n’est capable de mener une grève de telle envergure à Fria. Cette grève n’a concerné que les agents de Friguia. Et mieux, si les sous-traitants sont si mécontents, il y a de quoi : comment attribuer tous les marchés de sous-traitance à des entreprises russes sans appel d’offre ? Même si elles paient mieux, pourquoi leurs factures sont-elles systématiquement 4 à 5 supérieures à celles des sous-traitants guinéens ? Et plus grave : au sein d’une même structure, il est illogique qu’une entreprise se paie elle-même ses propres prestations. Ailleurs, cela s’appelle de l’évasion fiscale ou tout simplement du détournement d’argent.
Pour terminer, on ne saurait recommander à tous ceux qui veulent écrire de bien vouloir vérifier la source de leurs informations et d’éviter d’écrire du n’importe quoi. On connaît la capacité de nuisance des russes et surtout leur habitude à vouloir contrôler les média sinon les bâillonner, mais de grâce écrivez ce qui est vrai. Anatoly PATCHENKO qui a raté sa dernière sortie en Guinée n’a-t-il pas longtemps tenu une partie de la presse dans sa main avant son départ définitif ?