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17 Avril 2009


Fria vient de vivre encore une de ces soirées chaudes comme elle seule en a le secret. Samedi soir, alors que nous revenions de Tigué pour le match qui a opposé les deux bureaux d’Arsyf, une pluie de cailloux s’est abattue sur la route et nous n’avons pu atteindre la ville que très difficilement.
La raison de cette énième violence serait la mort d’un présumé voleur de taxi moto que des gendarmes auraient battu à mort. Si nous parlons au conditionnel, c’est que les personnes interrogées n’ont pas daigné nous répondre. Une mission de la Gendarmerie Nationale est à Fria depuis deux ans déjà. Officiellement ici pour la protection du personnel expatrié de l’usine, ils ont pris leurs quartiers à l’ancien économat. Les autorités de Rusal voulaient alors éviter les enlèvements dont avaient été victimes certains de leurs travailleurs au Nigéria. Une sombre histoire de kidnapping dans laquelle ils n’ont jamais voulu payer de rançon.
Le jeune homme aurait été dénoncé par un coup de fil anonyme disant qu’il a volé une moto. Arrêté par les gendarmes, il aurait été torturé par les gendarmes pour avouer et dénoncer ses complices. Finalement, il aurait été relâché officiellement pour faute de preuves, officieusement pour maladies. Il aurait été conduit à l’Hôpital Préfectoral d’abord, puis à l’Hôpital Péchiney où il finira par succomber. Interrogé, le personnel hospitalier nous précise qu’il n’a été hospitalisé que plusieurs jours après sa ‘‘libération’’, qu’il n’avait pas de blessures et n’était même pas en chirurgie. Toujours est-il que l’annonce de sa mort a déclenché une série de manifestations et de violences contre les gendarmes. Les manifestants voulant les bouter à tout prix de Fria. Les violences ont continué tard la nuit et de nombreux véhicules ont été endommagés. Il a fallu toute la persuasion et les efforts du Préfet et du Maire pur ramener le calme. Il faut signaler que les violences n’ont eu lieu qu’au quartier au niveau de le station d’essence.
Cette mission spéciale de la Gendarmerie aide à la lutte contre la criminalité. Depuis leur arrivée, nombre de délinquants ont été mis hors d’état de nuire. Cela se ressent surtout dans les endroits où les passants se faisaient dépouiller de leurs téléphones et les taxis motos de leurs motos. Mais, cette lutte contre le banditisme est très lucrative pour les gendarmes. Ils ont des informateurs qu’ils rémunèrent en fonction des tuyaux et du succès des opérations. Comme bien souvent, lorsque des intérêts financiers sont en jeu, il est très facile de commettre des bavures ou d’être en face de cas de délation. Sans parler des vrais bandits qui peuvent profiter de cette affaire pour provoquer des émeutes et faire chasser des gens qui les empêchent de commettre certains forfaits.
Cette affaire a coûté la vie à quelqu’un. Innocent ou pas, victime ou pas, il ne méritait pas du tout la mort quelque qu’ait été son délit. Il appartient donc aux autorités d’ouvrir une enquête sur cette supposée bavure et sur les troubles qui ont suivi afin de faire toute la lumière. Le changement tant voulu par Dadis et l’instauration d’un état de droit en Guinée passe aussi par là. Il n’y a pas que les crimes économiques ou les affaires de drogues qui sont sujets à être pénalisés et condamnés. Assurer une protection efficace des populations sans commettre de bavures, ni d’actes contraires aux droits de l’homme, voilà la délicate question qui interpelle les forces de l’ordre en Guinée.
Et malgré tout le bien qu’ils nous apportent, les hommes ne sont pas du tout au-dessus des lois. Bien au contraire.