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FRIAINFO.Guinée-Conakry.Com

1er site d'information guinéen basé essentiellement sur l'actualité d'une ville : Fria en Guinée depuis 2006

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MEMO DES CADRES GUINEENS DE RUSAL-FRIGUIA (PARTIE IV)




VI CONSIDERATIONS SUR LES RESSOURCES HUMAINES (chapitre IX du mémo)

 

A notre avis ce chapitre est le plus important, car ce sont les ressources humaines qui gèrent et valorisent celles naturelles, financières et matérielles. Cependant avant de l’aborder, nous avons voulu que cette vérité transparaisse dans les chapitres précédents, à travers l’influence de la gestion de ces ressources sur le fonctionnement de l’usine de Fria.

 

1) Politique d’africanisation des emplois (1960 - 1996)

 

Pendant les époques de la compagnie privée Fria (1960 à 1973) et de la société d’économie mixte Friguia (1973 à 1996) la responsabilité de la gestion technique de l’usine était assurée par la compagnie française Péchiney, qui, sous l’impulsion de la Première République, et dans le souci de réduire les charges salariales et sociales de l’entreprise, a mené une véritable politique de formation et de transfert de compétences au personnel guinéen, dont le

savoir-faire, hélas en régression actuellement, a été forgé à cette époque.

 

Une clause de la convention de base la société d’économie mixte Friguia, concernant l’africanisation totale des emplois à l’horizon 1975, n’a pas été respectée par Frialco. Nonobstant, en 1996 au moment où ce consortium se retirait définitivement de la société, l’effectif d’expatriés qui était de 396 au démarrage de l’usine, n’était plus que de 24 travailleurs.

 

2) Exploitation de l’usine exclusivement par la main-d’œuvre guinéenne (1997 - 1999)

 

De 1997 à 1999 l’usine de Fria a été la propriété exclusive de la République de Guinée après le départ de tous les actionnaires étrangers regroupés dans le consortium Frialco.

Les contrats des expatriés travaillant à Fria ayant été suspendus par Péchiney qui les avaient embauchés, ils ont presque tous regagné l’Europe. 

 

Tous les domaines de la gestion de l’entreprise (technique, financier, commercial, administratif, social) sont passés dans les mains des travailleurs guinéens de Friguia et des départements ministériels concernés à Conakry.

 

Grâce à la compétence technique et à la fibre patriotique des travailleurs guinéens le pronostic de l’arrêt imminent de l’usine fait par Péchiney a été démenti. Mieux, elle a fonctionné pendant trois ans en produisant une alumine de bonne qualité, au même niveau de production qu’avant le départ des expatriés et à des prix de revient nettement améliorés.

 

3) Utilisation rationnelle des compétences guinéennes par Reynolds (2000 – 2002)

 

En matière de management des ressources humaines, Reynolds n’a fait qu’injecter dans la structure organique de la société, une vingtaine de vieux professionnels expatriés, à des postes de direction, pour encadrer et gérer efficacement les compétences qu’ils reconnaissaient au personnel guinéen.

 

Les guinéens étaient consultés et associés aux prises décision. Dans certains cas leurs réticences étaient levées par la persuasion.

 

Les résultats de cette politique ont été immédiats. Avant l’arrivée de Rusal, les meilleurs résultats de l’usine depuis le passage de l’alumine farineuse « floury » à la sableuse « sandy » ont été réalisés à l’époque Reynolds, où la production a culminé à 701 936 tonnes d’alumine hydratée en 2002.

 

4)  Politique de désafricanisation menée par Rusal depuis 2003

 

Dès sa prise en main de l’usine, Rusal initia une politique d’occupation du terrain, en envoyant à Fria une pléthore d’expatriés (russes et ukrainiens), sans se soucier du conseil de  Reynolds, qui lui avait suggéré de s’appuyer sur les compétences des travailleurs guinéens.

 

Tous les postes de direction anciennement occupés par Reynolds furent récupérés par Rusal. De plus, des postes cumulatifs furent créés pour « jumeler » des expatriés aux directeurs, chefs de service guinéens, au mépris du code du travail et de la convention collective des Mines et Carrières de la République de Guinée. Les expatriés occupant les nouveaux « postes jumeaux » sont en embuscade pour remplacer les titulaires guinéens dès que l’occasion se présente.

 

Jusqu’à la mi-mai 2007, sur un total de 7 postes de directeurs (y compris le D.G) 3 étaient  occupés par des guinéens. Le nombre de directeurs  guinéens vient d’être réduit à 2 tandis que le nombre total de postes de direction est porté à 10.

 

L’unique poste de souveraineté (celui de DGA), fut supprimé en 2003 à la suite d’une vaine tentative du Gouvernement Guinéen d’enquêter sur  le statut juridique et l’accréditation en Guinée de Rusal, comme compagnie gérante de l’usine de Fria.

 

Actuellement tous les services de l’usine (techniques, administratifs, financiers, logistiques et sociaux) sont truffés de russes et d’ukrainiens (hommes et femmes). Cet afflux d’étrangers à Rusal/Friguia est accompagné par un imposant effectif d’expatriés d’une société de droit paradoxalement guinéen, dénommée C.G.G, présentée comme sous-traitant principal de Rusal.

 

Contrairement à la situation d’il y a 10 ans, où il n’y avait qu’une vingtaine d’expatriés dans l’usine, aujourd’hui l’effectif total des expatriés employés par  Rusal et C.G.G est  supérieur à 100.

 

Recommandations

 

La compagnie Rusal doit être tenue d’observer la législation et la réglementation guinéennes concernant la protection de la main-d’œuvre locale.

 

Par ailleurs, pour sécuriser l’emploi des guinéens, tout besoin d’embauche de personnel expatrié dans une entreprise gérée par Rusal en Guinée, doit faire l’objet d’une justification approuvée par le collège syndical concerné, avant la délivrance d’un permis de séjour sur le territoire national pour le postulant.

 

Ce dernier doit être soumis à la procédure objective et transparente de recrutement appliquée aux guinéens, et des cadres guinéens compétents doivent figurer dans la commission d’évaluation.

 

Un quota doit être fixé et strictement respecté pour le nombre d’expatriés dans chaque unité gérée par Rusal, particulièrement dans l’usine de Fria. Les effectifs d’expatriés russes dans d’autres usines de Rusal à travers le monde peuvent servir de référence. Le cas de la Jamaïque est éloquent à ce sujet.

 

La Compagnie des Bauxites de Guinée (C.B.G) a démarré ses activités 13 ans après l’usine de Fria. Cependant depuis plusieurs années elle a presque achevé son programme d’africanisation, tandis qu’à Fria, sans justification valable la tendance est inversée depuis l’arrivée des russes.

 

Une date butoir la plus proche possible, doit être fixée pour l’africanisation intégrale de tous les postes de tavail dans l’entreprise, du plus bas échelon ouvrier à la plus haute hiérarchie de l’encadrement.

 

Tout expatrié en fonction dans l’usine doit avoir un contrat à durée déterminée non renouvelable. Il doit avoir pour adjoint un guinéen pour lequel un plan de carrière doit être élaboré lui permettant d’assurer la relève du titulaire à la fin de son contrat.

 

L’amalgame entre le personnel d’assistance technique et celui opérationnel dans l’usine doit être complètement levé.

 

Le centre de formation professionnel de Fria doit être remis en service le plus rapidement possible, sous peine d’empêcher l’usine, dans un proche avenir, de proposer une alternative guinéenne à la main-d’œuvre expatriée. 

 

Tous les cours de formation, de recyclage et autres, anciennement dispensés par ce centre doivent reprendre, de même que les essais professionnels.

 

Il est urgent de procéder à un recrutement de jeunes techniciens et cadres et d’assurer leur formation pour inverser la tendance de l’occupation massive des postes de responsabilité par les expatriés.

 

Des plans de carrière doivent être élaborés pour les agents de maîtrise et les cadres. Les cadres débutants doivent faire des stages de longues durées à l’étranger, y compris dans les pays occidentaux, pour une meilleure ouverture de l’usine sur l’évolution de la technologie à travers le monde.

 

Sur le  plan national, il est triste de constater que pendant que l’endettement et l’appauvrissement de la Guinée s’accentuent d’année en année, sa manne minière ne lui profite guère, mais enrichit substantiellement les compagnies étrangères.

 

La première richesse d’une nation étant ses ressources humaines, nous pensons que le Gouvernement Guinéen devrait s’appuyer sur les compétences des cadres guinéens travaillant dans les industries minières, pour y défendre valablement les intérêts nationaux.

 

En effet sous la protection et l’impulsion du Gouvernement Guinéen, certains cadres guinéens de ces unités, reconnus pour leur compétence, leur intégrité et leur patriotisme, pourraient :

 

a)  y occuper de hautes fonctions leur permettant d’avoir un droit de regard et d’opinion

     sur tous les dossiers techniques, financiers, administratifs et autres,

 

b) à l’image des expatriés, créer les conditions de concertation et de bonne collaboration,

    pour influencer positivement tous les aspects de la gestion  de leurs unités, en évitant de

    tomber dans le piège de la vieille  technique de diviser pour régner souvent utilisée par

    les partenaires étrangers,

 

c) désigner des  représentants devant périodiquement se réunir avec les autorités

    compétentes de la Guinée, pour faire le point de tous les domaines de la gestion des

    sociétés minières,

 

d) constituer un groupe de personnes ressources à consulter pour l’étude ou la confection

     des conventions minières et industrielles,

 

e) constituer une « pépinière » de managers pour les nouveaux projets miniers nationaux.

 

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