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11 Avril 2009
II LA GESTION TECHNIQUE DE L’USINE PAR RUSAL (chap. II, III et IV mémo)
La gestion technique de l’usine par Rusal se caractérise par :
1°) une incompétence de l’encadrement expatrié, doublée d’un esprit de suffisance qui
démotive les travailleurs guinéens, et empêche l’usine de profiter de leur savoir-faire,
2°) un dirigisme de l’usine par la compagnie centrale à partir de Moscou, entraînant des
atermoiements dans les prises de décision, même aux moments critiques, et décourageant
l’éclosion des initiatives,
3°) l’existence d’un réseau de concertation entre expatriés pour les prises de décision
et la gestion opaque des dossiers techniques et financiers occultés aux guinéens, qui sont
relégués au simple rôle d’exécutants,
4°) l’ajournement des commandes, jusqu’à la catastrophe parfois, et la recherche
systématique des technologies bon marché en provenance de la Russie ou de
l’Ukraine,
5°) l’obstination à produire en quantité, même au détriment de la maintenance des
installations, et de la qualité du produit fini.
6°) l’attribution par des contrats de gré à gré de plus des deux tiers des chantiers de
maintenance, et des projets de rénovation et d’extension de l’usine, à une entreprise
incompétente, de droit guinéen dénommée C.G.G, constituée de main-d’œuvre expatriée.
Pour la première fois dans l’histoire de l’usine de Fria, le personnel guinéen est confronté à une culture professionnelle diamétralement opposée à la sienne, conduisant si l’on n’y prend garde à la disparition du savoir-faire guinéen dans cette unité industrielle.
Ces défauts ont eu de nombreuses conséquences sur la production, la maintenance des installations, et la motivation du personnel, décrites aux chapitres II, III et IV du mémorandum. A titre d’exemple citons le manque à gagner de 230 000 tonnes d’alumine enregistré en 2006.
Recommandations
Pour éviter de compromettre dangereusement la pérennité de cette usine, pionnière de l’industrie de l’alumine en Guinée, il est urgent que des voix autorisées interpellent la compagnie Rusal sur la nécessité de revoir sa gestion technique de l’usine :
1°) en s’appuyant fortement sur l’expertise guinéenne,
2°) en décentralisant la gestion de l’usine (diminuer l’emprise de la compagnie mère sur
l’usine),
3°) en se conformant aux procédures initiales de conception et de gestion des investissements,
des budgets et des commandes d’équipements et de pièces de rechange,
4°) en respectant les régimes d’approvisionnement définis pour les matériels et pièces de
rechange, en fonction de la fréquence de leurs consommations pour éviter les ruptures de
stock,
5°) en ne privilégiant que le rapport qualité prix dans le choix de ses fournisseurs
d’équipements et de pièces de rechange,
6°) en améliorant son image de marque auprès de ses fournisseurs, notamment par le respect
des échéances de règlement des commandes,
7°) en veillant sur le critère de modernité technologique et sur l’âge des nouveaux
équipements, de manière à éviter de déclasser l’usine avec des équipements vétustes,
8°) en renouvelant les machines-outils, engins de levage, et matériels ferroviaires,
9°) en dotant les équipes d’intervention de moyens appropriés de déplacement et de transport
de leurs outillages sur les chantiers,
10°) en respectant les critères et les procédures de promotion des travailleurs, en vigueur dans
l’entreprise.
Avant l’arrivée de Rusal, les ingénieurs guinéens participaient à la conception des nouvelles installations, aux études de renouvellement des gros équipements, et jouaient le rôle de maître d’ouvrage auprès des sociétés chargées de la construction des nouvelles machines. Ils se rendaient dans les usines et discutaient les détails des plans avec les constructeurs. Ils participaient à la mise en place et au réglage de mise au point sur le site de Fria. C’est ainsi que l’usine s’assurait de la modernité et de la fiabilité des nouveaux équipements.
Les ingénieurs guinéens n’ont pas été associés à la définition des nouveaux équipements installés par Rusal dans le cadre de la rénovation et de l’extension de l’usine (chaudière 5, groupes Caterpillar, générateurs de vapeur). La rapidité de la livraison de ces machines et leur état prouvent qu’il s’agit d’équipements de seconde main rachetés par Rusal pour les installer en Guinée. Les nombreuses fuites internes de la chaudière 5 après seulement quelques mois de fonctionnement, l’existence de vieux appareils sur cette installation (un turbo-alternateur, des moteurs électriques) indiquent que cette chaudière n’est pas neuve comme le prétend Rusal.
Pour stopper l’envahissement de l’usine de Fria par du matériel vétuste de seconde main, il est urgent que le choix des nouveaux équipements achetés par Rusal, se fasse de manière professionnelle, en impliquant les ingénieurs guinéens dans les études, l’élaboration des spécifications techniques et le suivi de la construction, de l’installation et de la mise au point des nouvelles machines.
Dans la perspective de la mutation de Rusal/Friguia en société d’économie mixte, il est indiqué d’inclure dans la convention de ladite société, une clause portant sur la réalisation d’un audit technique de l’usine, suivi de sa remise à niveau avec du matériel de qualité.
En raison de l’incompétence de C.G.G, de son sous équipement, de l’absence de motivation de ses dirigeants à instaurer une culture de sécurité du travail dans l’entreprise, il est inadmissible que les travaux de rénovation et d’extension de l’usine lui soient confiés par Rusal.
III PROBLEMATIQUE DE LA MODERNISATION ET DE L’EXTENSION DE
L’USINE PAR RUSAL (chapitre V du mémo)
Depuis son démarrage en 1960, l’usine de Fria n’a connu qu’une seule extension, celle faite en 1970 à l’époque de la compagnie privée Fria, pour porter sa capacité nominale de 480 000 à 600 000 tonnes d’alumine par an. Depuis ce temps, malgré les promesses maintes fois faites par les différentes sociétés gérantes de l’usine, aucune autre extension n’a été réalisée.
Entre 2001 et 2002 Reynolds a étudié un flow sheet et un schéma technologique de modernisation et d’extension de l’usine, pour hisser sa capacité de production à
1 400 000 tonnes d’alumine par an. Le coût du projet était estimé à environ
700 millions US $.
Une nouvelle version du projet réduisant le niveau de production à 1 050 000 tonnes et le coût à 250 millions US $ vient d’être retenue par Rusal. Cette variante ne se préoccupe ni de la nécessité de moderniser cette usine obsolète, pour favoriser l’accroissement et l’exploitation optimale des réserves de bauxite, ni de l’intérêt de diminuer la quantité de résidus solides rejetés dans l’environnement. Mais elle obéit simplement à la contrainte financière imposée par Rusal.
Recommandations
Le Gouvernement Guinéen doit donc exiger que lui soit soumis le dossier technique de ce projet d’extension et une étude d’impact environnemental et social réactualisée après l’adoption de la nouvelle variante par Rusal.
En raison de l’importance des réserves bauxitiques de la Guinée, le Gouvernement Guinéen doit s’assurer que tout projet d’extension de l’usine d’alumine de Fria ou de réalisation de nouvelles unités, intègre des technologies modernes, afin de pérenniser l’activité de cette industrie dans le pays et de mieux préserver l’environnement .
Par ailleurs des études prospectives couvrant plusieurs décennies, doivent être faites sur le développement des villes traversées par les chemins de fer minéraliers. Les sociétés minières concernées doivent également faire des projections sur le développement de leurs trafics ferroviaires. Toutes ces données sont à rechercher par le Gouvernement Guinéen pour envisager sérieusement avec les opérateurs miniers concernés, l’éventualité de déplacer les ports minéraliers de Conakry vers un autre site de très faible densité de population, au cours des prochaines années.