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10 Avril 2009
INTRODUCTION
Par la grâce de Dieu, le peuple endurant de Guinée, qu’un demi-siècle de gestion erratique de notre pays avait plongé dans le désespoir, vient, au prix de son sang, d’imprimer subitement un tournant décisif à son histoire, en obtenant la mise en place d’un gouvernement de large consensus chargé de créer les meilleures conditions de sa prospérité économique et sociale.
Depuis sa prise de fonction, la nouvelle équipe gouvernementale est à la recherche de solutions urgentes pour se donner les moyens nécessaires à la réussite de sa mission.
Nous, Collège Syndical et Encadrement Guinéen de la société privée Rusal/Friguia, avons cru devoir contribuer à cette noble entreprise, en rédigeant le présent mémorandum sur l’usine de Fria, dans le but de suggérer des recommandations susceptibles d’inspirer les autorités guinéennes dans la résolution de l’épineux problème du financement intérieur de l’économie nationale.
Le travail est présenté en 9 chapitres abordant les mutations de la gérance de l’usine de Fria, et mettant un accent particulier sur les différents domaines de la gestion de cette unité par Rusal.
Il en ressort que l’usine de Fria contribue considérablement à la prospérité des compagnies étrangères qui l’exploitent. Les bénéfices annuels générés par cette mine intégrée se chiffrent en centaines de millions US $.
Le présent mémorandum suggère au Gouvernement Guinéen des pistes à explorer pour permettre à notre pays d’engranger sa part légitime de cette manne financière.
Nous souhaitons que l’exploitation judicieuse de ce document contribue à entretenir les immenses espoirs nés en Guinée depuis le changement de gouvernement, voulu et imposé par le peuple entier.
Nous sommes à votre disposition pour d’éventuels éclaircissements et d’amples informations.
L’Encadrement Guinéen de Rusal/Friguia Le Collège Syndical de Rusal/Friguia
RESUME ET RECOMMANDATIONS
I CONSIDERATIONS FINANCIÈRES (chapitre VI du mémo)
D’entrée de jeu il est important de noter que l’usine de Fria est très rentable, surtout en cette période caractérisée par une embellie du cours de l’alumine sur le marché mondial. En 2006, la tonne d’alumine s’est vendue entre 600 et 650 US $ (source : journal d’entreprise Voix de Rusal N° 3 (24), Avril 2007).
De 2000 à 2005, le prix de la tonne d’alumine a varié autour de 500 US $.
Le tableau ci-après indique les productions et les prix de revient réalisés par Reynolds et Rusal au cours de cette période.
|
Compagnies |
Périodes |
Tonnages alumine calcinée |
Prix de revient US $ /tonne |
Prix de vente US $ /tonne |
|
Reynolds |
2000 à 2002 inclus |
1 794 897 |
137,68 |
~ 500 |
|
Rusal |
2003 à 2005 inclus |
2 237 770 |
146,72 |
~ 500 |
Ce tableau montre éloquemment que l’usine de Fria a considérablement contribué à la prospérité de Reynolds et de Rusal ces dernières années. En effet ces deux compagnies ont réalisé en seulement 6 années d’exploitation de l’usine, un bénéfice brut minimum estimable à 1 milliard US $, soit au moins 500 millions US $ par compagnie, en 3 ans d’exercice uniquement.
Le niveau très élevé de ces bénéfices n’est pas dû seulement à l’embellie du cours de l’alumine, mais également aux facilités financières accordées par l’Etat Guinéen aux compagnies gérantes de l’usine de Fria depuis plusieurs décennies. Quelques uns de ces privilèges financiers sont :
1°) la modicité du prix de la bauxite, qui ne coûte pratiquement rien,
2°) la suppression de la taxe spéciale sur l’alumine et des droits de douane sur les
importations d’équipements et de pièces de rechange,
3°) la non imposition sur le bénéfice de l’entreprise,
4°) la faible puis non participation au bénéfice de l’entreprise depuis 2006,
5°) le faible coût de la main-d’œuvre.
Recommandations
L’Etat Guinéen doit légitimement chercher à restituer au patrimoine national, l’usine de Fria, qui a été bradée à Rusal à près de 20 millions US $ (coût de la chaudière 5 de provenance ukrainienne, récemment installée à Fria), en dénonçant l’iniquité du contrat de vente. En effet, en 3 ans la même usine a fait gagner par Rusal un bénéfice minimum de 500 millions US $.
Ensuite l’Etat Guinéen doit se porter garant de la pérennité de cette entreprise, en retrouvant sa place d’actionnaire majoritaire (A) dans son capital social, les compagnies étrangères devant constituer le groupe d’actionnaires (B).
La contribution guinéenne au capital de la société d’économie mixte ainsi formée, pourrait être constituée par les gisements de bauxite et l’usine d’alumine, qui relèvent du patrimoine national. La valeur de ces biens et équipements peut être estimée et convertie en pourcentage d’actions.
A cet effet des négociations sont à engager au plus tôt, pour changer le statut actuel de société privée Rusal/Friguia, en celui de société d’économie mixte Friguia.
Mettre d’accord les deux parties pour :
d’investissement pour les réunions du conseil d’administration,
- désigner comme membres du comité technique des cadres guinéens compétents de
Friguia et de l’administration guinéenne,
Mettre d’accord les deux parties pour convenir d’un organigramme pour l’entreprise, accordant une place prépondérante aux cadres guinéens.
Le poste de Directeur Général doit être attribué à un guinéen. Les titulaires de la plupart des postes de direction doivent également être des guinéens.
Des guinéens doivent occuper des postes importants dans tous les services, notamment la production, les finances, l’administration, la technologie, la maintenance, la mine, la logistique des matières premières et pièces de rechange, la formation, la sécurité, l’environnement, l’hôpital.
La nomination des cadres guinéens à ces postes de responsabilité doit se faire sur la base de critères sévères de compétence, d’intégrité et d’équité entre autres.
Mettre d’accord les deux parties, pour que la société mixte produise une alumine de qualité chimique et physique standard (conforme aux spécifications internationales) et que chaque groupe d’actionnaires soit libre de disposer à sa guise, de sa part d’alumine calcinée produite par l’usine.
Si les deux parties conviennent que toute la production d’alumine calcinée doit alimenter les fonderies des actionnaires du groupe B, la convention de base doit préciser une formule de calcul du prix de vente en l’indexant sur la valeur L.M.E du lingot d’aluminium.
La transformation à l’étranger de l’alumine produite en Guinée désavantage notre
économie, qui ne peut ainsi profiter ni des énormes bénéfices réalisés sur la vente des
lingots d’aluminium, ni de la valeur ajoutée due à cette industrie.
Il est donc temps de penser à tirer meilleur profit de l’alumine guinéenne en concevant un projet de raffinerie de dernière génération, parallèlement au projet de centrale hydroélectrique de Souapiti.
Intéresser à ce projet les fabricants actuels et futurs d’alumine en Guinée, afin qu’ils en tiennent compte dans leurs programmes d’extension ou de construction d’usines. Et obtenir une participation guinéenne dans tous ces projets d’usine d’alumine.
Définir la capacité de la raffinerie sur la base des capacités de production d’alumine installées en Guinée.
Au mieux, traiter toutes les productions guinéennes d’alumine dans la raffinerie après sa construction. Au pire, n’y envoyer que la part de production des usines d’alumine revenant à la Guinée.
Inclure dans la convention de toute société gérant l’usine de Fria, une clause portant sur le transfert en Guinée des services financiers, commerciaux et logistiques de l’entreprise pour que toutes les dépenses soient ordonnées en Guinée, et que toutes les transactions commerciales sur l’alumine et les commandes de matières premières et de matériels (équipements et pièces de rechange) se fassent également à partir de notre pays. A cet effet l’entreprise doit ouvrir un compte en devises étrangères dans une banque en Guinée.
En effet la délocalisation de ces services ne se justifie plus, en cette ère de démocratisation de l’internet à l’échelle planétaire.
En raison des vicissitudes traversées par l’usine de Fria, et de l’enthousiasme de Rusal, dont la précipitation et les improvisations dans les affaires montrent son amateurisme dans l’industrie et le marché de l’aluminium, il est sage de réfléchir sereinement à la manière de minimiser, voire de supprimer l’influence de Rusal sur cette unité industrielle pilote de la Guinée. Ainsi pourrait-on éviter d’hypothéquer son avenir.
Il est donc souhaitable de faire une étude prospective sur le moyen terme, relative à l’éventualité de l’association de la Guinée avec une ou plusieurs compagnies internationales d’aluminium (Alcoa, Alcan, HP Billiton) pour garantir l’avenir de cette usine.
Le prix de la bauxite doit être revalorisé en tenant compte de sa teneur en alumine, et de son accessibilité. En effet l’existence des gisements à ciel ouvert, les faibles distances de transport du minerai, et le coût dérisoire de la main-d’œuvre minimisent les frais d’exploitation des gisements.
La fiscalité relevant de la souveraineté de la nation, il est tout à fait normal et urgent que l’Etat entreprenne le rétablissement des impôts et taxes anciennement dus aux finances guinéennes (redevance sur la bauxite, taxe sur le bénéfice, taxe sur les exportations d’alumine et droits de douane sur les importations de matières premières, d’équipements et de pièces de rechange).
La taxe sur le bénéfice doit être imposée quelque soit le statut de la société (privée ou mixte), car l’activité industrielle à l’origine de ce bénéfice est effectuée sur le territoire guinéen.
Avec l’appui du Gouvernement Guinéen, le collège syndical de Friguia, doit obtenir de la Direction de l’usine, la revalorisation des salaires des employés guinéens et leur payement intégral en devises converties en francs guinéens, au taux de change en vigueur à la fin de chaque mois. Si cette conversion mensuelle s’avère difficile, une autre formule de conversion peut être négociée, pourvu que les travailleurs perçoivent intégralement les devises échangées en francs guinéens. Cela permettrait d’augmenter la valeur ajoutée de l’entreprise sur l’économie guinéenne.