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RENCONTRE AVEC MATHIEU BOIRO





 

Il est l’un des meilleurs maîtres de chant de Guinée et c’est tout naturellement qu’avec Mr Ambroise, il est l’un des initiateurs et organisateurs de cette grande fête que fut la Sainte Cécile en ce samedi 22 novembre. Pour celui qui est un habitué du pèlerinage de Boffa, la plupart des chants sont dirigés par ce grand maître.

Vivant et travaillant à Kamsar depuis plus de 20 ans, Mathieu est aussi un peu friaka. A la fin de ses études en mines et géologie, il a effectué ici un stage de presque deux ans. C’était en 1977. Il mettra son séjour de Fria pour se frotter au très grand Tonton Maximin BANGOURA et se perfectionner davantage aux techniques du solfège et du chant.

Il garde toujours un amour pour cette ville et y séjourne régulièrement. Nous l’avons rencontré à l’issue de la messe pour recueillir certaines de ses confessions :

Friainfo : Rassembler toutes ces chorales pour la Sainte Cécile est une belle initiative. Est-ce la 1ère du genre ?

Mathieu BOIRO : Lorsque le Père Jean David était responsable, nous avions déjà eu l’occasion de faire un 1er séminaire avec les chorales pendant une semaine en 1996. Le séminaire était extraordinaire et tout le monde était présent surtout les maîtres de chœur. Il y a eu un volet liturgique d’abord, puis une formation musicale. Ce point est important car de lire et chanter peut paraître simple mais il faut être capable de le déchiffrer et de faire corps avec pour mieux le retransmettre aux fidèles. Chanter, ce n’est pas seulement les mélodies que l’on entend. C’est aussi l’âme qui transmet un message, une prière. Celui qui chante prie deux fois.

Friainfo : Vous jouissez d’un grand savoir-faire et d’une solide expérience dans le chant. Comment transmettez-vous aux choristes cette passion que vous avez pour la musique ? Que comptez-vous mettre en œuvre au niveau diocésain pour perpétuer cela ?

Mathieu BOIRO : A toutes les rencontres que nous organisons, je prépare des brochures que je distribue. Ici même, j’en ai quelques-unes pour toutes les chorales. On y apprend comment lire, interpréter la musique. Les styles de direction, la manière de diriger, etc.

Nous envisageons de rassembler les maîtres de chants pour des séminaires réguliers sur la liturgie dans tous ses aspects : veillée de prière, les prières pénitentielles, bref, les célébrations de toute sorte. Ça peut se faire une fois par an, mais hélas le nerf de la guerre étant l’argent, nous sommes obligés de nous tourner vers le diocèse pour nous aider à financer ces rencontres.

Friainfo : Pour avoir séjourné même brièvement par ici, vous êtes considéré comme un friaka. Quels sont les liens que vous gardez avec la cité de l’alumine ?

Mathieu BOIRO : Fria est une ville qui charme et ce depuis les années 60 jusqu’à maintenant. Je suis arrivé ici pour la 1ère fois en 1966, j’étais alors un jeune séminariste en vacances. Nous avons alors animé une messe qui s’est très bien passé. J’en ai gardé un souvenir tellement fort que quand j’ai terminé mes études, je suis venu effectuer mon stage ici pendant une durée de presque deux ans. Ce séjour m’a permis de renforcer mes attaches ici et avec Tonton Maximin, nous avons mis sur pied l’une des meilleures chorales qui a reçu les félicitations du plus maitre de chant de l’époque en la personne de Monseigneur GOMEZ.

Mais à chaque fois que je reviens ici, c’est toujours un moment renouvelé dans la joie. J’assiste à toutes les fêtes de CHRIST-ROI depuis plusieurs années. Je n’ai pas retrouvé ailleurs l’esprit d’accueil, de partage et de joie qui existe ici.

Friainfo : Dans son homélie, le prêtre a parlé de Fodé Baro qui a reçu une formation musicale d’un prêtre. Mais, on se rend compte que les chants sont essentiellement grégoriens. Allez-vous composer des chants sur des rythmes plus modernes tel que le coupé décalé sans sortir de liturgie ? Cela se fait déjà dans les pays voisins.

Mathieu BOIRO : Très bonne question. Depuis le Concile Vatican II, il y a eu constat : le danger de la cohabitation du chant sacré avec le chant profane. Il y a eu de nombreux musiciens qui ont su introduire des rythmes comme le jazz dans l’Eglise avec beaucoup de réussite. Mais pour rester fidèle à la liturgie, cela s’avère au final très difficile. Faire danser la foule comme dans les églises évangéliques peut paraître beau mais attention au rythme et surtout aux paroles : ils doivent être circonstanciels et adaptés aux textes bibliques.

N’entendez-vous pas des rythmes traditionnels accompagnés de tam-tam et castagnettes ? Mais je crois que nous devrions y aller tout doucement mais l’objectif ne sera pas de remplacer le grégorien qui reste incontournable.

 

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