Rédigé par KOUYATE Boua, ARSYF-Conakry et publié depuis
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Cette semaine, c’est El Hadj Djibi Diawando qui nous reçoit pour nous parler de ses souvenirs depuis son arrivée à Fria en 1958. Il nous fait également une comparaison entre la vie de
la cité d’alumine d’hier et d’aujourd’hui. Rencontre.
Présentez-vous à nos lecteurs
Je suis Djibril Diawando, retraité de la société Friguia. Je suis venu à Fria au mois d’août 1958. J’ai fait 35 ans de service avant que je ne parte à la retraite. Après ma mise à la retraite, j’ai
fondé une entreprise en 1989 jusqu’au mois de janvier 2008, date à laquelle les entreprises locales furent supprimées par la compagnie RUSAL. Actuellement, ce sont mes enfants qui travaillent. La
famille est aussi soutenue par mes autres enfants vivant à l’extérieur qui apportent un coup très important à nous à Fria. Tout récemment, leur maman est tombée malade ; et ils ont dépensé
plus de 30 millions de francs guinéens pour soigner leur mère. Sincèrement, je suis fier et très content de tout ce qu’ils font pour la famille.
Comment voyez-vous notre ville aujourd’hui ?
Quand on compare la vie de Fria d’hier et d’aujourd’hui, on peut dire qu’il y a beaucoup de différence. Car, à notre temps, quand on travaillait, on n’avait pas suffisamment d’argent, mais nous
étions bien entretenus. Il te suffisait d’avoir une promotion pour bénéficier de certains avantages de la part de la compagnie Péchiney. Par exemple, si tu passais en 7ème catégorie, tu avais ta
dotation alimentaire et en meubles à la maison pendant deux ans. Quand tu passais en maîtrise en M1, on t’offre une voiture ; pour preuve, on m’avait revendu en 1964 une voiture 2
chevaux à 220.000 francs.
Aujourd’hui, avec le départ des Français et avec l’arrivée d’autres partenaires, surtout les Russes, ils ont supprimés tous ces avantages et toutes les entreprises nationales qui faisaient vivre
des plusieurs centaines de familles guinéennes.
L’Economat qui soutenait et ravitaillait les travailleurs en denrées alimentaires est également fermée. C’est vrai qu’on n’était pas bien payés, mais vraiment, avec le peu qu’on gagnait, on vivait
tranquillement.
Mais, maintenant, même avec un million de nos francs, on ne peut pas subvenir valablement à tous ses besoins.
Par exemple, pour la dépense mensuelle de la famille, je dépense 1.500.000 francs guinéens. Nous consommons trois sacs de riz par mois. Pour aller au marché, je donne chaque jour aux femmes
15.000 francs, 5 pains pour le déjeuner, un demi kilo de sucre chaque matin sans compter les petites maladies et autres.
Donc, pour me résumer, entre la vie à Fria au temps de la compagnie Péchiney et celle des nouveaux partenaires comme les Russes (qui sont là actuellement), il y a une très grande différence.
Avec la suppression des entreprises nationales par la compagnie RUSAL et la vie actuelle à Fria, quel est le dernier message que vous pouvez lancer aux
ressortissants de notre ville vivant ici ou à l’étranger?
Je dirai à nos ressortissants de venir en aide à leurs parents, parce que la vie à Fria aujourd’hui n’est plus comme avant. Car, nous les retraités de l’usine vivant à Fria, ne comptent plus que
sur leurs enfants vivant à l’étranger. Si vous voyez aujourd’hui un retraité dans une belle voiture ou partir à la Mecque, c’est grâce à leurs enfants. Même cette année, il y a trois retraités qui
sont venus me dire au revoir et m’annoncer en même temps que c’est leurs enfants qui les envoient cette année à la Mecque.
Donc, la vie à Fria a complètement changé ?
Tout a fait. Rien ne va plus ici. Aujourd’hui, même pour réclamer ses propres droits, il faut faire la guerre. Par exemple, si les enfants n’avaient pas fait la guerre avec RUSAL, la ville n’aurait
pas fait bitumer les routes de la ville. Ils sont encore en train de se battre pour l’eau et l’électricité. Ce n’est pas normal.
Or, quand on travaillait à l’usine, tous les mois de mars, on faisait un arrêt général à la Production pour l’entretien des machines de l’usine. Mais, depuis que les Russes sont là, il n’y a plus
d’entretien des machines. L’usine travaille sans arrêt. Et ils oublient que les appareils sont comme un être humain, il faut se reposer parfois pour être toujours en bonne santé. Mais eux, ils ne
font que produire sans tenir compte de l’aspect entretien des machines.
Mon cher Boua, merci pour ce reportage concernant mon ami El Hadj Djibi Diawando. C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai lu ses propos.J'ai beaucoup d'admiration, d'amitié et de respect pour cet homme, à l'occasion d'une rencontre, celà me ferai un énorme plaisir que tu le salues de ma part (l'ex chef du GE, il comprendra).Dans son entreprise, il prenait sous son aile des travailleurs dans le besoin pas forcément qualifiés. Djibi a des qualités humaines hors du commun. C'est un homme merveilleux!