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20 Juillet 2008
Après Mohamed TOURE, réalisateur de cinéma très prometteur, voici le portrait d’un autre friaka qui fait beaucoup parler de lui. Il s’est essayé à l’écriture avec un certain succès et depuis dix ans déjà, il s’est imposé dans le cercle très fermé des écrivains guinéens. Mamady KOULIBALY, fils d’un ancien commandant d’arrondissement (aujourd’hui, on dit sous-préfet) a passé une grande partie de sa vie à Fria. A l’approche de la parution de son roman La cavale du marabout, il a surmonté non mal sa réserve et sa timidité pour répondre à quelques questions . . .
Friainfo : Bien que vous soyez friaka, la plupart de nos lecteurs ne savent pas grand-chose de vous. Pour mieux vous connaître, qui êtes-vous ? Revenez-vous souvent à Fria ?
Mamady KOULIBALY : Je suis Mamady KOULIBALY informaticien à l’UGAR et écrivain. Je suis arrivé à Fria avec mes parents en 1980. J’y suis resté jusqu’en 1984. Puis, en compagnie de mon père, je suis allé à Kamsar, puis à Sangarédi, avant de revenir en 1986 à Fria. C’est dans cette ville que j’ai fait la 11ème et la 12ème Années Sciences Mathématiques au Lycée Amilcar Cabral. J’ai quitté Fria en 1988, et depuis j’y reviens souvent pour voir mes parents et mes amis qui y vivent encore. Je cours actuellement sur mes 39 ans. Je me suis marié il y a huit mois, le 11 novembre 2007. Aucun enfant pour le moment. Ma dernière visite remonte à mars 2007. J’étais allé avec Yamoussa SIDIBE (journaliste et écrivain), Docteur GBANASSE (Médecin et essayiste), Harmel RICHE (Directrice commerciale des éditions Harmattan), Sansy KABA DIAKITE (Directeur des éditions Harmattan Guinée), etc. Nous devions entreprendre une tournée dans plusieurs établissements scolaires de Fria. Malheureusement, nous nous sommes limités au lycée Amilcar Cabral. Mais ce n’est que partie remise.
Friainfo : Les titres de vos deux 1ers romans, leurs dates respectives de parution et de quoi parlaient-ils ?
Mamady KOULIBALY : J’ai commencé tout d’abord par publier des recueils de lettres, puis je suis passé au roman. Mes recueils contenant quelques bouts de poèmes ont été tous publiés aux éditions universitaires de Conakry. En 1997, Ma première gerbe de correspondances ; en 1998, les Lettres citadines ; en 2001, Ma seconde gerbe de correspondances.
Mon premier roman a été édité en 2003, à Lyon, aux éditions BOLE AFRIC’ESSOR. Le titre, c’est Tounkan ou voyage au pays de la téranga.
Le deuxième roman a été publié aux éditions Harmattan en 2006, avec le titre La cavale du marabout.
De quoi parlent mes œuvres ? Eh bien ! Mes lettres que je viens de rassembler sous le titre de Lettres citadines, et qui devraient bientôt être rééditées aux éditions Aparis (France), s’étendent sur plus de vingt années de correspondances, depuis le collège à Fria. Dans mes correspondances, je fais une peinture de mon moi profond, je réponds aux questions de mes amis souvent exilés ou vivant loin de moi, puis je jette de temps en temps un coup de projecteur sur tout ce qui retient mon attention dans notre village planétaire.
Dans Tounkan ou voyage au pays de la teranga, je parle d’un de nos compatriotes qui opte pour un éloignement temporaire pour échapper aux serres d’un destin implacable. Mais revenu au pays, il devient fou. D’après une certaine croyance, il aurait été rappelé par sa mère par des moyens mystiques, d’après une autre ce serait la conséquence d’une consommation abusive de l’alcool, de la drogue, et aussi de l’accumulation de soucis, de stress, etc.
La cavale du marabout décrit les péripéties liées à la fuite du marabout accusé d’avoir usé de moyens occultes pour faire revenir Sankolo, le personnage principal du premier roman.
Friainfo : Et le dernier ? Celui qui doit paraître bientôt.
Mamady KOULIBALY : Mon 3ème roman, Confessions d’un libertin, est sorti le 15 mai dernier à Paris. D’après les éditions Harmattan Guinée, le livre sera bientôt dans nos rayons à Conakry. En principe, il sera disponible sur le marché guinéen avant fin juillet 2008.
Dans les Confessions d’un libertin, je parle d’un débauché qui, grâce aux efforts inlassables de ses amis, revient à de meilleurs sentiments et s’applique à cultiver les vertus de l’universelle fraternité.
Friainfo : Pensez-vous pouvoir, dans un avenir, vivre uniquement de votre plume et de vous consacrer pleinement à l’écriture? La plume seule permet-elle de vivre ?
Mamady KOULIBALY : Vivre uniquement de ma plume ? C’est une éventualité que je n’ai pas envisagée pour le moment. Mais nos pensées et nos désirs évoluant, peut-être y songerai-je un jour. Pour le moment en tout cas, il n’est pas possible à un auteur guinéen de vivre uniquement de sa plume. Alors, je continue l’informatique. (Rires)
Friainfo : Revenons à votre roman proprement dit. Sur la couverture on voit à la fois un drapeau et un grand arbre. Est-ce un symbole
?
Mamady KOULIBALY : L’image a été proposée par les Editions Harmattan en remplacement de celle que je leur avais
expédiée. La mienne, prise à Baro, représentait un baobab séculaire sous lequel avaient lieu chaque année diverses manifestations culturelles à l’occasion de la fête des mares. Malheureusement,
elle ne se prêtait pas bien au traitement. Le grand arbre symbolise, ici, l’origine des croyances de l’Afrique profonde. Nos villes naissent de nos villages où, autrefois, tout se discutait sous
l’arbre à palabre. Quant au drapeau, je n’y avais pas du tout pensé ; mais quand j’ai trouvé qu’il rompait la monotonie du décor rustique, je n’ai pu que m’en réjouir.
Friainfo : A combien d’exemplaires chacun de vos romans a été tiré ?
Mamady KOULIBALY : Mes recueils de lettres ont été tirés à plus de 1000 exemplaires chacun. Quant aux trois romans, d’après les clauses contractuelles, l’éditeur procède par petits tirages et souvent à la demande. C’est seulement en fin d’année que l’état des ventes est rapporté à l’auteur. Cela dit, même si le marché du livre est un peu timide, les ventes sont encourageantes...
Friainfo : Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture ? Car pour vous avoir connu, vous sembliez quelqu’un de réservé, voire de très timide. L’écriture n’a-t-elle pas été comme un refuge pour vous ?
Mamady KOULIBALY : J’ai eu très tôt la chance d’avoir à mes côtés un oncle très passionné des arts et des lettres. C’est lui qui a sans doute le mieux façonné mon âme pour la chose littéraire et les vérités scientifiques. Il m’apprenait à lire et à réciter des textes de Mamadou et Bineta sont devenus grands, les Fables de la Fontaine et de Florian. Il me demandait souvent de faire la description d’une excursion entreprise avec lui au bord de Konkouré ou dans un village de Fria, etc. Plus tard, mes maîtres d’école, mes professeurs de français et de littérature y ont efficacement contribué.
C’est un peu vrai que je suis quelqu’un de très réservé. C’est pourquoi, j’ai trouvé dans l’écriture un moyen d’expression. Ce que j’ai du mal à dire devant tout le monde et à haute voix, peut facilement l’être au bout de ma plume.
Je crois que c’est comme cela que je suis venu à la littérature.
Friainfo : L’informatique et l’écriture sont deux mondes diamétralement opposés. Comment parvenez-vous à concilier les deux ?
Mamady KOULIBALY : C’est vrai que l’informatique est tout aussi prenante que l’écriture. Mais la dernière est surtout fille de la passion et de l’autodiscipline qui sont les composants essentiels de l’étincelle qui illumine la créativité. J’écris généralement le week-end ou pendant mes congés annuels, cela à cause des exigences de ma profession d’informaticien.
Friainfo: Votre travail surtout mais aussi votre passion l’écriture doivent absorber le gros de votre temps, sinon quels sont vos hobbies ?
Mamady KOULIBALY : J’aime aller au théâtre, au cinéma ; suivre des émissions scientifiques ou culturelles ; entreprendre des excursions pour contempler nos paysages ou juste changer de milieu. Je pratique du jogging. J’ai un goût très prononcé pour diverses disciplines sportives, surtout quand il s’agit du haut niveau.
Friainfo : Quels conseils pouvez-vous apporter à des jeunes qui veulent se lancer dans l’écriture ?
Mamady KOULIBALY : Je leur dirai que l’écriture demande de la persévérance, de la lecture, de la passion, mais aussi et surtout de l’autodiscipline. Ils doivent écrire, écrire, mais lire beaucoup, je dirai même lire plus qu’ils n’écrivent. Se dire que seuls le fond et la forme de leurs œuvres constituent leurs atouts majeurs vers un éditeur, et ne jamais céder au découragement après avoir essuyé des refus d’éditeurs. Enfin, se dire que s’ils le veulent vraiment, ils pourront voir leur rêve devenir réalité, car c’est en eux que résident la canne à pêche des informations ainsi que le moule pour donner à celles-ci la forme la mieux acceptable chez des éditeurs.
Je lancerai également un appel aux parents pour amener les jeunes à la littérature. C’est dans les familles que se cultive le goût de la lecture. Enfin, le Ministère de la Culture doit faire un effort pour lever les taxes sur les importations de livres. Ces taxes ne font que rendre le livre plus cher et par ricochet plus inaccessible. Beaucoup de pays le font déjà, alors nous devons leur emboîter le pas si on veut sauver la littérature en Guinée.
Friainfo: Comptez-vous faire une séance de dédicace de ton livre à Fria et à quand un livre avec Fria pour cadre ?
Mamady KOULIBALY : C’est bien volontiers que je ferais une dédicace à Fria ou un débat autour de ma production littéraire. D’autant que dans Les lettres citadines, qui devraient paraître sous peu, la ville de Fria occupe une place de choix.
Pour terminer, j’adresse mes remerciements les plus vifs à tous ceux qui contribuent à faire vivre notre site.