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25 Juin 2008





Tubes d’évaporation, fûts métalliques et en PVC, cuves de 1m3, tôles usées, vieux câbles électriques, planches de caisses, palettes, etc. presque tout ce qu’on devrait jeter est bon pour la récupération comme le bon vieux dicton qui dit « rien ne se jette, tout se récupère, tout se transforme ».
C’est ce qui se passe depuis plusieurs années dans l’usine au point que ces derniers temps le phénomène a pris des proportions astronomiques. Il faut assister à un jour de sortie d’emballages vides pour se rendre compte à quel point cette activité constitue une manne pour un cercle restreint de privilégiés, voire de profiteurs.
Notre usine consomme une quantité importante de produits métallurgiques, électriques et chimiques. Et selon un protocole datant des années 60, les emballages vides de réactifs servant à produire l’alumine et les tubes, tôles et câbles usagés sont cédés en grande partie au Syndicat qui a le devoir de le céder aux travailleurs à des prix préférentiels afin d’alimenter la caisse de solidarité. Mais voilà, depuis plusieurs années maintenant, un véritable business a explosé autour de ces produits dopés il est vrai par la forte demande non seulement à Fria mais aussi à l’intérieur du pays. La rareté de l’eau potable et les fréquentes coupures accroissent la demande en fûts PVC et en cuves de 1 M3 qui permettent de stocker pour plusieurs jours de réserve. Les planches servent de coffrage dans la construction de bâtiments ou dans la confection d’ouvrages de menuiserie. Les câbles usagés sont toujours bons pour servir aux installations électriques domestiques malgré le danger qu’ils représentent. Les tubes d’évaporation servent de charpentes de toiture et beaucoup de maisons de Fria ont été construites avec. L’envolée du prix de l’acier fait aussi que toute la ferraille rouillée autrefois abandonnée çà et là dans l’usine ou dans des décharges, se revend à prix d’or aux chinois et aux coréens qui les recyclent aisément dans leurs aciéries.
Mais voilà qu’au lieu de revendre ces emballages aux travailleurs, certains syndicalistes négocient directement avec les banabanas et tant pis si ces travailleurs restent dans le besoin. Déjà accusés par des travailleurs pendant la dernière grève de plus s’occuper des emballages vides que de leurs intérêts, les syndicalistes vont devoir affronter une autre crise : une pétition circule actuellement pour revoir la collégialité du syndicat. Les signataires pensent qu’une seule centrale travaillerait mieux seule et aurait les mains plus libres. Comme si un seul parti avait le droit de siéger à l’Assemblée Nationale. On se demande si une telle requête a des chances d’aboutir au vu des intérêts qui sont en jeu.
Pour en revenir à nos emballages vides, les jours de sorties sont programmées tous les deux vendredi. Et la sortie de Vendredi dernier nous a permis de voir l’importance de cette quantité. Malgré cela, tant que vous êtes travailleur, il vous sera difficile de vous procurer un fût, des tubes ou autre emballage vide. Par contre, si vous êtes banabana et que vous avez de l’espèce sonnante et trébuchante, tout ira et tant pis si les camions partent directement vers Conakry au lieu de se diriger vers la ville. Ces banabanas ont l’accès plus facile à l’intérieur de l’usine que même les travailleurs qui doivent d’abord exhiber leurs badges avant d’entrer. Par moments et par endroits, l’usine ressemble à un véritable marché.
Malgré les menaces de plusieurs travailleurs de s’opposer à ce trafic en interdisant notamment l’accès de l’usine aux banabanas et en organisant une distribution pour tous les services, le business continue de plus belle et a de beaux jours devant lui.
