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3 Juin 2008
L’actualité en Guinée n’est faite que de mouvements de contestation et de réclamations. Fria ne déroge évidemment pas à cette règle. Hélas !
Après la mutinerie des soldats la semaine passée qui s’est achevée par la satisfaction de la presque totalité de leurs revendications, les travailleurs de Friguia ont fait un débrayage hier matin dans les secteurs de la Production et de la Maintenance en exigeant des augmentations de salaires et de primes. Il faut rappeler que depuis l’augmentation du prix du carburant, les travailleurs étaient toujours dans l’attente d’un ajustement de ces salaires et primes pour mieux supporter la cherté de la vie.
Des négociations avaient pourtant commencé entre la Direction et le syndicat mais n’avaient pas encore abouti. Les syndicats demandaient 370 000 Fg sur la prime alors que la Direction ne proposait que 134 000 Fg. Las d’attendre, les travailleurs avaient menacé d’aller en grève dès hier lundi s’ils ne voyaient rien sur la paie de Mai. La Direction a alors pris la décision unilatérale de convoquer un meeting d’information sans la participation du syndicat, en annonçant le réajustement de 134 000 sur la prime de vie chère qui passe ainsi à 469 000. Maigre selon les travailleurs surtout sans effet rétroactif. Et du même coup, la Direction annonçait également l’ouverture d’une ligne de crédit de 200 000 Fg par travailleurs, somme qui remboursée en fin de ce mois. C’en était trop ! Sans attendre la fin du meeting, de nombreux travailleurs ont quitté les lieux en lançant des cris de protestation.
Depuis ce lundi matin donc, l’usine tourne au ralenti et le service minimum est assuré par l’encadrement technique. Beaucoup exigent une prime de vie chère à 1 000 000 Fg en comparaison avec les syndicats de la CBG qui viennent d’obtenir ce montant.
Les négociations ont repris mais l’essentiel de la journée a été consacrée à faire des tournées de sensibilisations dans les différents ateliers pour la reprise effective du travail. Cette grève intervient à un moment difficile : des problèmes techniques et énergétiques empêchent le respect des objectifs de production ; depuis vendredi, l’électricité est coupée en ville suite aux pannes de turbines ; les cinq premiers mois de l’année sont catastrophiques et avant le changement annoncé à la Direction de l’usine, personne n’avait besoin d’une autre crise.
Tellement de temps, d’efforts et de ressources sont consacrés à dénouer des crises que l’objectif principal qui reste la production de l’alumine passe au second plan des préoccupations. Mais les travailleurs ont quand même le droit d’être dans les conditions matérielles pour assurer le travail. Rusal, avec ses deux compagnies (CBK et Friguia), se traîne en queue de peloton en matière de niveau des salaires dans le secteur minier guinéen. Un travailleur d’une compagnie minière anglo-australienne s’était même exclamé : ‘‘ Mais vous perdez votre temps ici avec de si bas salaires’’.On se demande parfois à quoi servent les énormes bénéfices engrangés par la vente de l’alumine. Pour celui qui est le n°1 mondial du secteur, il serait ridicule d’être aussi le n°1 des bas salaires. Accorder un bon salaire à un travailleur, en plus d’être un avantage, doit être une source de motivation et on peut exiger un maximum de rendement et de dévouement de la part de ce travailleur. Mais en optant pour une politique de bas salaire, on est sûr de ne jamais parvenir à de bons résultats.
Malheureusement, c’est que la Direction de Rusal entend continuer de faire.
