1er site d'information guinéen basé essentiellement sur l'actualité d'une ville : Fria en Guinée depuis 2006
11 Mars 2008
Depuis plusieurs jours, le feu couvait à Fria et hier une goutte d’eau a fait déborder le vase et on a assisté à des scènes de violence et de vandalisme comme aux pires heures des mouvements de révoltes pour le goudron.
Sauf que cette fois-ci, le contexte est différent de la dernière fois. La cause : le courant et l’eau dans la ville de Fria. Motif : la compagnie RUSAL a clairement fait savoir qu’elle n’entendait plus fournir l’eau et le courant gratuitement et indéfiniment à la ville.
Les coupures avaient déjà commencé depuis plusieurs semaines surtout pendant la journée ou par des délestages la nuit. Mais depuis dimanche, on est sans électricité à cause d’une panne sur la Chaudière 5. Les travaux sont finis et le processus d’allumage a commencé. Le courant sera rétabli dans cet après-midi. Pour comprendre l’importance d’une bonne communication, on regrettera que l’information sur la panne n’ait pas bien circulé et que dans les quartiers chauds de Fria, on ait assimilé cela à une coupure sèche. Les menaces de s’en prendre à toute maison qui allumerait un groupe électrogène dans cette nuit noire n’ont pas été très prises au sérieux. Hier vers 21 h, alors qu’on vivait notre deuxième nuit d’obscurité, les loubards et les mécontents ont érigé des barricades en ville, brûlant des pneus en certains points. Après avoir exprimé leur colère, ils ont fait le tour de la ville en lançant des cailloux sur toutes les maisons où un groupe électrogène était allumé. Les immeubles, qui sont souvent prioritaires car ils n’ont ni ascenseur ni eau en cas de coupure d’électricité, ont essuyé des jets de cailloux au point que toutes les lumières y ont été éteintes. Même l’Hôpital Péchiney a été contraint de faire appel à des militaires pour qu’on arrête de jeter des cailloux. Les voitures garées devant l’Hôtel SAYON à côté de l’Astaldi, ont été systématiquement saccagées et les autoradios arrachés. Une maison sur la corniche d’Astaldi où habitent des russes a été pillée. Le surveillant et un des russes auraient reçu des coups de couteau. Ce qui a obligé la Direction de RUSAL à rassembler tous les expatriés tard la nuit devant l’usine avant d’exfiltrer les femmes et les enfants à Conakry. Les pillards leur reprochent de posséder des groupes électrogènes à domicile et de ne guère se soucier de la ville.
La ville de Fria a beaucoup grandi ces dernières années et la démographie y est galopante. La consommation de la ville qui atteint des pics de plus de 7 MW aux heures de pointes, s’est accrue de 8% par rapport à l’année dernière. L’usine qui assure la fourniture de l’eau et l’électricité rencontre de sérieuses difficultés d’ordre technique ajoutées à la flambée des hydrocarbures. On peut comprendre la motivation de la Direction de RUSAL qui semble un peu légitime vue la quasi gratuité de ces services qui sont payants dans tous les autres pays du monde. Pour ne pas parler du gaspillage qui est légion à travers tous les quartiers de la ville.
Mais, et surtout mais, Fria a toujours bénéficié de cette gratuité (elle est quand même la plus jeune ville de la Guinée) et si on doit changer cela, il faut y aller par la sensibilisation et par étapes.
La fourniture de l’eau et du courant sont essentielles pour la vie des friakas mais aussi garants de la paix sociale. Les autorités de notre pays, loin de jouer leur rôle d’arbitre, doivent aider à trouver une solution à ce délicat problème. La gratuité n’est plus de mise et surtout il faut éduquer les gens à mieux gérer ces ressources qu’on croit à tort éternellement gratuites et inépuisables. L’Etat, en attendant de trouver une vraie centrale (vivement Souapiti) et une station de traitement d’eau, peut en partie subventionner cela par une détaxe, ainsi, les populations pourraient au moins voir un peu la couleur des royalties perçues et qui ne sont ni reversées, ni réinvesties à Fria. Une loi guinéenne oblige toute personne physique ou morale qui produit sa propre énergie, à passer par l’EDG (Electricité de Guinée) pour la commercialisation à des tiers. Donc, le courant n’est entièrement pas gratuit mais EDG ne reverse pas à RUSAL ce qu’elle revend au reste de la ville.
Joint par téléphone, un responsable de cette compagnie affirme que les seules cités de Friguia consomment près de deux tiers de la consommation totale de la ville et qu’en plus, l’agence de Fria aurait un exercice déficitaire par rapport aux autres agences de l’intérieur du pays. Difficile à croire quand on sait qu’EDG facture les quartiers sans rien reverser à RUSAL. Même en cas de panne électrique en ville, le matériel doit venir de l’usine sinon bonjour l’obscurité. Les mauvaises langues vont jusqu’à dire qu’EDG (Electricité de Guinée) doit être rebaptisé ODG : Obscurité de Guinée.
Ce matin, les rues ont été calmes jusque vers 10h, avant que les barricades ne reprennent. Tous les élèves ont été libérés des écoles et le marché reste fermé. Le courant qui sera rétabli dans cet après-midi permettra peut-être de ramener le calme. Mais pour combien de temps ?
Il faut que d’abord les autorités, les populations, EDG et RUSAL trouvent une solution durable et surtout satisfaisante à ce problème. De nombreux innocents ont subi des dommages corporels et matériels dans ces émeutes. Il y a urgence, Fria pourrait brûler.