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3 Août 2007
BAH Mamadou Cellou "Lamriss"
« Je dirai aux ressortissants de Fria, qu’ils soient en Guinée ou à l’extérieur, que personne ne pourra venir développer cette ville à notre place » déclare Mamadou Cellou Bah.
ARSYF : Pouvez-vous vous présenter à la grande communauté ‘’frianaise’’ ?
Bah Mamadou Cellou : D’abord, je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer sur ce site afin de m’adresser à la grande communauté de Fria vivant en Guinée et à l’extérieur.
Je m’appelle Mamadou Cellou Bah, communément appelé "Lamriss"
J’évolue dans une ONG de développement communautaire appelée CEGUIFED (Centre guinéen de formation et d’éducation pour le développement). Auparavant, j’étais animateur dans ce projet. Aujourd’hui, je suis le responsable chargé de communication, capitalisation et mobilisation des ressources. Donc, cette ONG s’occupe en grande partie de l’éducation sur les problèmes sociaux, l’alphabétisation sur les droits de la femme et l’apprentissage des jeunes à se prendre en charge.
Nous intervenons essentiellement dans les villages. Parmi nos activités, nous avons alphabétisé plus de 1.000 jeunes et femmes, tant à Fria que dans les CRD (Tormelin, Baguinet et Banguigny).
Nous projetons d’aller à l’intérieur du pays.
Depuis quand avez-vous quitté la ville de Fria ?
Je ne réside plus à Fria depuis 1994. J’étais parti à Kamsar où j’ai décroché mes deux bacs. Une fois à l’université, je partais chaque vacance à Fria pour me ressourcer et saluer aussi mes parents.
Je vis à Conakry depuis 2002, l’année à laquelle j’ai terminé mes études en économie à l’université Gamal Abdel Nasser.
J’ai intégré le mouvement associatif depuis Fria. Donc, c’est pour dire que nous sommes les premiers à créer les mouvements associatifs à Fria, à savoir une ONG appelée A.J.U.K.A.S (Association des jeunes pour le développement de Katouroun anti-SIDA).
Avec la rage de cette maladie, nous avons été les premiers à parler publiquement de cette maladie que les populations n’osaient pas en parler. Cette ONG a aujourd’hui à son actif un capital de projets et d’initiatives pour la ville de Fria.
Je pense bien que cette ONG continuera toujours sur cette lancée.
Avez-vous des nouvelles de Fria ?
Oui ! J’ai chaque jour des nouvelles de Fria. Vous savez, avec la magie du téléphone, on peut toujours être en contact avec les siens.
Hormis le téléphone, j’ai quitté là-bas, il y a juste un mois, c’est-à-dire le 1er juillet dernier. Même avant-hier, j’étais au téléphone avec mon papa et mes intimes.
Donc, bien que je sois à Conakry, je vis permanemment avec des nouvelles de Fria.
Qu’est-ce qui vous a impressionné davantage lors de votre dernier séjour dans la cité de l’alumine ?
Ecoutez ! Pour l’instant, je ne peux pas parler d’impression. La ville de Fria qui m’a vu naître et grandir, tout ce qu’on fera là-bas comme travaux d’envergure, je ne serai pas surpris.
Aujourd’hui, dès qu’on parle d’impression pour un visiteur, il parlera de bitumage de la voirie urbaine. Moi, je dirai non, parce que ce que cette ville rapporte à l’économie nationale est plus important que ces réalisations.
Quand on dit qu’on doit être impressionné par cette image que la ville présente aujourd’hui, cela peut donner un ouf de soulagement, certes, il faut le reconnaître, mais je pense que cela est petit.
Ne voyez pas les cités seulement, allez vous promener dans les quartiers, vous vous rendrez compte que cette partie de Fria, vit dans l’extrême pauvreté la plus remarquable.
L’impact négatif de l’usine frappe beaucoup plus les habitants des quartiers que ceux des cités.
Il y a aujourd’hui un délaissement total de la part des autorités locales vis-à-vis de ces communautés.
Pour combattre ce fléau, en 2002, nous avons fait des ‘’tracts’’ comme les autorités les ont appelés. Nous avons titré ces tracts ‘’La cité qui meurt’’. Ainsi, nous avons dénoncé l’ancien préfet Sékou Abdoul Gadiri Tounkara qui avait pillé des deniers publics de la préfecture. Certains de nos amis ont été incarcérés. Moi, j’étais devenu un ‘’Wanted’’ (rires). J’ai été contraint de me cacher pour venir à Conakry.
Donc, tout cela vous prouve à suffisance, l’engagement que nous avons pour le rayonnement de cette ville.
Nous nous battons dans ce sens pour qu’on ne dise pas quelles sont vos impressions ? Mais qu’on dise, voici ce qu’on doit faire pour la ville, car cela doit être un défi.
Les ressortissants de Fria à Conakry vivent-ils en association comme nos compatriotes de l’extérieur?
Je dirais non ! A un moment donné, nous avons eu l’initiative de regrouper les ressortissants de Fria au sein d’un mouvement associatif. Quand nous étions à l’université, nous avons relancé cette association qu’on appelle A.J.E.E.F.
Nous avons eu aussi l’initiative de regrouper les ressortissants de Fria à Conakry au sein d’un mouvement associatif, mais malheureusement, compte tenu de certaines occupations des uns et des autres, cela n’a plus été facile car à Conakry, tout le monde se cherche.
Les amis avec lesquels je devais mettre en place cette structure se sont dispersés. D’aucuns sont partis à l’intérieur du pays, d’autres ont voyagé à l’étranger.
Nous avions commencé à créer une ONG appelée VDG (Village de Guinée). Cette organisation allait s’intéresser à toutes les préfectures de la Guinée, mais essentiellement, la ville de Fria. Nous avons pris cette initiative parce que les bailleurs de fonds ne s’intéressaient pas à la ville de Fria, vu la présence de l’usine qui donne des indicateurs de développement.
Voilà ce qui a ralenti notre initiative, sinon, nous avions bel et bien la volonté de nous réunir au sein d’un mouvement associatif.
A ce jour, nous sommes à ce stade embryonnaire.